Échange chaleureux entre une résidente âgée et sa fille dans un salon lumineux d'établissement
Publié le 17 février 2026

Quand Mme Henriette est arrivée dans cet EHPAD du 14ème arrondissement, sa fille Catherine était convaincue d’une chose : sa mère allait se laisser mourir. Huit semaines plus tard, Henriette animait un atelier lecture pour d’autres résidents. Qu’est-ce qui a changé ? Pas l’établissement. Pas le personnel. La façon dont cette transition a été préparée.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié pour toute décision concernant la santé ou l’accompagnement d’une personne âgée.

L’essentiel pour préserver votre autonomie en 4 points

  • Participez activement à votre projet de vie individualisé (c’est votre droit depuis la loi 2002)
  • Maintenez vos rituels quotidiens : horaires, habitudes, petits plaisirs
  • Investissez les espaces collectifs dès les premières semaines
  • Mobilisez l’APA pour financer des services qui préservent votre autonomie

L’entrée en maison de retraite n’est pas une fin (c’est une réorganisation)

J’accompagne des familles dans cette transition depuis plusieurs années maintenant. Et je vais vous dire ce qui me frappe : la plupart arrivent avec une image fausse. L’EHPAD comme antichambre de la mort. La perte d’autonomie comme fatalité. Soyons clairs : cette vision est non seulement erronée, elle est dangereuse.

Selon la dernière étude de la DREES publiée en 2024, 85 % des résidents sont effectivement en perte d’autonomie (GIR 1 à 4). Mais ce chiffre ne dit pas tout. Il ne dit pas que certains récupèrent des capacités. Il ne dit pas que l’autonomie se joue aussi dans la tête, dans le sentiment d’être encore utile, encore écouté.

Ce que les chiffres ne montrent pas : L’âge médian des résidents est de 87 ans et 11 mois. À cet âge, l’entrée en établissement peut autant accélérer le déclin que le stabiliser. Tout dépend de comment elle est vécue.

L’erreur la plus fréquente que je rencontre ? Les familles qui décident de tout à la place de leur parent. Le choix de l’établissement. L’aménagement de la chambre. Les horaires de visite. Avec les meilleures intentions du monde, elles envoient un message dévastateur : vous n’êtes plus capable de décider.

Ce n’est pas une question de gentillesse. C’est une question de dignité.

Cinq leviers concrets pour rester acteur de votre quotidien

Je ne vais pas vous donner une liste de conseils génériques que vous avez déjà lus ailleurs. Je vais vous parler de ce que j’ai vu fonctionner. Concrètement. Sur le terrain.

Participer activement à son projet de vie individualisé

Votre projet de vie individualisé n’est pas un document administratif de plus. C’est votre feuille de route. Vos préférences. Vos refus. Vos objectifs. Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, ce projet doit être co-construit avec vous dans un délai de deux mois après votre entrée.

Les activités créatives maintiennent l’estime de soi et les capacités cognitives



Le problème ? Dans la vraie vie, beaucoup de résidents signent ce document sans le lire. Ou laissent leur famille répondre à leur place. Mon conseil : demandez un rendez-vous dédié. Posez vos conditions. Vous voulez vous lever à 9h et pas à 7h ? Dites-le. Vous détestez la soupe ? Inscrivez-le. Ce n’est pas du caprice. C’est de l’autonomie.

Maintenir ses rituels et habitudes personnelles

Henriette, dont je vous parlais au début, avait une habitude immuable : son thé à 16h avec un carré de chocolat noir. Dans son premier établissement, on lui servait du café à 15h30 avec tout le monde. Elle a tenu trois semaines avant de sombrer dans l’apathie.

Ce qui peut sembler un détail est en réalité fondamental. Vos rituels sont des marqueurs de votre identité. Quand vous les perdez, vous perdez un peu de vous-même. Certains établissements sont plus souples que d’autres. Posez la question avant de signer.

Investir les espaces de participation collective

Le Conseil de la Vie Sociale (CVS) existe depuis la loi du 2 janvier 2002. C’est une instance où les résidents peuvent s’exprimer sur le fonctionnement de l’établissement. Le président doit obligatoirement être un résident ou un représentant des familles.

Franchement, peu de résidents y participent. C’est dommage. Le CVS est consulté sur l’animation, les modifications des conditions de prise en charge, la prévention de la maltraitance. Vous avez une voix. Utilisez-la.

Conseil terrain : Si le CVS de l’établissement ne se réunit jamais ou si les résidents n’en ont jamais entendu parler, c’est un signal d’alerte sur la qualité de l’accompagnement.

Les 7 points à négocier dès votre entrée



  • Vos horaires de lever et de coucher (pas ceux de l’institution)


  • Vos préférences alimentaires et vos intolérances


  • Les objets personnels que vous souhaitez garder dans votre chambre


  • Votre participation (ou non) aux activités collectives


  • Les personnes autorisées à vous rendre visite (et à quelle fréquence)


  • Vos sorties extérieures (accompagnées ou non selon votre GIR)


  • Le référent soignant que vous pouvez contacter en cas de problème

Les premières semaines : ce qui se joue vraiment

L’accompagnement respectueux du rythme de chacun préserve le sentiment d’autonomie



Je ne vais pas vous mentir : les quatre à six premières semaines sont décisives. J’ai vu des personnes s’épanouir en quelques jours. J’en ai vu d’autres s’éteindre en quelques semaines. La différence ne tient pas à l’état de santé initial. Elle tient à la façon dont cette période est gérée.

Dans ma pratique d’accompagnement, j’observe que les familles qui ne préparent pas cette transition subissent davantage de difficultés d’adaptation. Attention : ce constat est limité à mon périmètre en Île-de-France et peut varier selon l’état cognitif du résident et la qualité de l’accueil proposé par l’établissement.


  • Premières visites de l’établissement avec le futur résident (quand c’est possible)

  • Personnalisation de la chambre : photos, objets familiers, petit mobilier

  • Entrée avec présence familiale prolongée (évitez le départ précipité)

  • Premier bilan informel avec l’équipe soignante

  • Évaluation de l’adaptation, ajustements du projet de vie si nécessaire

  • Point formel avec le référent et le médecin coordonnateur

Signaux d’alerte d’une adaptation difficile : Refus de sortir de la chambre pendant plus de 3 jours. Perte d’appétit soudaine. Arrêt de la communication avec la famille. Désintérêt total pour les activités proposées. Si vous observez ces signes, demandez un rendez-vous rapide avec le médecin coordonnateur.

Le cas d’Henriette m’a particulièrement marquée. Son refus initial de participer aux activités n’était pas de la mauvaise volonté. C’était une réaction à une décision prise sans elle. Sa famille avait choisi l’établissement par peur de la brusquer. Résultat : elle s’est sentie dépossédée de sa vie.

Ce qui a changé ? L’animatrice a découvert qu’Henriette avait été institutrice pendant quarante ans. Elle lui a proposé d’animer un atelier lecture. Pas de participer. D’animer. La différence est énorme. Henriette a retrouvé un rôle. Une utilité. Une raison de se lever.

Les aides qui soutiennent l’autonomie (et comment les obtenir)

Je vais être directe : les aides financières ne sont pas qu’une question d’argent. Bien utilisées, elles deviennent des leviers de préservation de l’autonomie. Mal comprises, elles restent des lignes dans un budget.

L’allocation personnalisée d’autonomie en établissement est ouverte aux personnes évaluées en GIR 1 à 4. Son montant dépend de vos ressources et de votre niveau de dépendance. Selon le portail officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr, si vos revenus sont inférieurs à 2 846,77 par mois (seuil 2026), vous ne payez que le tarif correspondant au GIR 5-6. L’APA couvre la différence.

Si vous cherchez une maison de retraite à Paris 14ème ou dans un autre arrondissement parisien, sachez que les délais d’attribution de l’APA varient selon les départements. En Île-de-France, comptez généralement entre six et huit semaines, parfois plus. Anticipez.

APA, ASH, aides mutuelles : quel impact sur votre autonomie ?
Aide Conditions principales Ordre de grandeur Impact autonomie
APA établissement GIR 1 à 4, évaluation par équipe médico-sociale Variable selon ressources et GIR Finance le tarif dépendance, donc les aides humaines quotidiennes
ASH (Aide Sociale Hébergement) Ressources insuffisantes pour payer l’hébergement Complément jusqu’au tarif hébergement Permet l’accès à l’établissement, impact indirect sur autonomie
Aides mutuelles / caisses retraite Variables selon contrats et organismes Forfaits ponctuels ou mensuels Peuvent financer des services complémentaires (pédicure, coiffeur, sorties)
Réduction d’impôt Frais d’hébergement et dépendance 25 % des dépenses, plafond 10 000 €/an Impact financier, libère du budget pour prestations supplémentaires

Mon avis personnel : concentrez-vous d’abord sur l’APA. C’est l’aide la plus structurante. Elle ne demande pas de remboursement sur succession, contrairement à l’ASH. Et elle finance directement ce qui vous aide au quotidien : l’accompagnement dans les gestes de la vie courante.

Réforme en cours : Une expérimentation est en cours dans 23 départements depuis juillet 2025. Elle prévoit une participation forfaitaire unique de 6,10 € par jour, simplifiant le calcul du tarif dépendance. Si vous êtes dans un département concerné, les règles peuvent différer.

Vos questions sur le bien-être en établissement

Peut-on garder ses horaires de lever et de coucher ?

Oui, c’est prévu par la charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante. Dans la pratique, ça dépend de l’organisation de l’établissement. Certains sont très souples, d’autres moins. Posez la question explicitement lors de la visite et inscrivez vos préférences dans votre projet de vie individualisé.

Est-il possible d’apporter ses propres meubles ?

Généralement oui, dans les limites de l’espace disponible et des normes de sécurité. Un petit fauteuil, une table de chevet personnelle, des cadres photos : tout cela contribue à faire de votre chambre un chez-vous. Vérifiez simplement les dimensions autorisées avec l’établissement.

Comment maintenir le lien avec mes proches au quotidien ?

Les visites sont libres dans la plupart des établissements. Vous pouvez aussi utiliser le téléphone ou la visioconférence. Certains EHPAD proposent des espaces dédiés pour les repas en famille. Renseignez-vous sur les horaires et les possibilités offertes. Le lien extérieur est un facteur clé de bien-être.

Que faire si je ne m’entends pas avec un soignant ?

Vous avez le droit d’en parler. Adressez-vous au cadre de santé ou au directeur. Ce n’est pas de la délation, c’est de la communication. Les établissements ont l’obligation de prendre en compte vos remarques. Le CVS peut aussi être saisi si le problème persiste.

L’APA couvre-t-elle les activités de stimulation ?

L’APA en établissement finance le tarif dépendance, qui inclut l’accompagnement dans les actes essentiels. Les activités d’animation sont généralement incluses dans le tarif hébergement. Pour des prestations spécifiques (art-thérapie, sophrologie), vérifiez si elles sont comprises ou facturées en supplément.

Et maintenant ?

L’entrée en maison de retraite n’est pas une ligne d’arrivée. C’est un virage. Un virage qui peut être bien négocié ou mal abordé. La différence tient rarement au hasard.

Je recommande toujours de commencer par une chose simple : impliquer la personne concernée. Même si c’est plus long. Même si c’est plus compliqué. Même si elle résiste au début. Parce que l’autonomie, ce n’est pas faire les choses seul. C’est décider de ce qu’on fait.

Pour aller plus loin : Avant de signer quoi que ce soit, demandez à visiter l’établissement à une heure non prévue. Observez comment les résidents sont traités quand personne ne regarde. C’est là que vous verrez la réalité.

Précisions importantes sur l’accompagnement en établissement

  • Ce guide ne remplace pas un entretien avec l’équipe médicale et sociale de l’établissement
  • Les aides financières (APA, ASH) sont soumises à conditions de ressources et d’évaluation GIR pouvant évoluer
  • Chaque situation familiale et de santé nécessite une évaluation personnalisée par un professionnel

En cas de doute, contactez le médecin coordonnateur de l’établissement ou l’assistante sociale du CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) de votre secteur.

Rédigé par Élise Froment, conseillère en accompagnement gérontologique exerçant en structure indépendante depuis 2017. Basée en Île-de-France, elle a accompagné plus de 200 familles dans la recherche et l'intégration en établissement pour personnes âgées. Son expertise porte sur la préservation de l'autonomie lors des transitions de vie et l'optimisation du projet de vie individualisé. Elle intervient régulièrement en formation auprès d'équipes soignantes d'EHPAD.